Le problème à trois corps du capitalisme.Sur la gestion autoritaire du désastre (et les moyens de lui faire face)
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Voici du bel ouvrage critique de l’IA, qu’illustre l’extrait ci-dessous présenté. Le livre est paru chez Allia en 2025, comme le précédent de l’autrice, « Schizophrénie numérique » publié deux ans plus tôt. Dans les deux cas, la réflexion est nourrie, exigeante, pertinente.Anne Alombert
Voici du bel ouvrage critique de l’IA, qu’illustre l’extrait ci-dessous présenté. Le livre est paru chez Allia en 2025, comme le précédent de l’autrice, « Schizophrénie numérique » publié deux ans plus tôt. Dans les deux cas, la réflexion est nourrie, exigeante, pertinente.
Nous employons quotidiennement les locutions « intelligence artificielle », « réseaux de neurones », « apprentissage automatique » ou « agent conversationnel », comme si les dispositifs technologiques constituaient des doubles de l’humain, dotés de toutes sortes de capacités – l’intelligence, l’apprentissage, l’agentivité. Nous ne disposons d’aucun autre lexique pour parler de nos environnements connectés. Comme l’écrivait Karl Marx dans le contexte du capitalisme industriel du XIXe siècle : « À toute époque, les idées de la classe dominante sont les idées dominantes ; autrement dit, la classe qui est la puissancematérielle dominante de la société est en même temps la puissance spirituelle dominante. » Aujourd’hui, à l’ère du capitalisme numérique, l’imaginaire transhumaniste sert les intérêts d’une très puissante « classe dominante », composée de quelques milliardaires libertariens, à la tête d’entreprises quasi hégémoniques (OpenAI, Microsoft, Google, Meta, X, Amazon, Apple – et leurs équivalents chinois).
Le fantasme des machines pensantes permet de masquer le nouveau processus d’automatisation qui est en train de se dérouler depuis quelques années – non plus seulement l’automatisation des savoir-faire, mais aussi l’automatisation des savoir-penser. De même que les savoir-faire avaient été extériorisés sous la forme d’automatismes machiniques, les savoir-penser sont désormais extériorisés sous la forme d’automatismes numériques. Au XIXe siècle, avec les industries machiniques, les savoir-faire avaient été divisés puis extériorisés dans des mécanismes moteurs et automatiques. Dépossédés de leur art, les artisans étaient devenus des ouvriers prolétarisés, privés d’autonomie et exécutant des tâches dépourvues d’attrait. Selon Marx, le prolétaire de la grande industrie « devient un simple accessoire de la machine, dont on n’exige que l’opération la plus simple, la plus monotone, la plus vite apprise ». L’ouvrier ne fait plus preuve d’habileté manuelle mais accomplit une « besogne », « purement mécanique », consistant à « surveiller la machine et [à] en corriger les erreurs de sa main ». Ne sommes-nous pas, nous aussi, désormais réduits à corriger les erreurs constatées dans les textes automatiquement générés par des dispositifs comme ChatGPT, pour autant que nous en ayons encore les capacités ?
La révolution numérique rend possible la division industrielle du travail intellectuel et son extériorisation sous la forme de calculs algorithmiques. Les savoir-décider sont extériorisés dans les algorithmes de recommandation automatique, qui décident à notre place quel contenu consulter. Les savoir-traduire sont extériorisés dans les logiciels de traduction automatique, qui traduisent à notre place dans la langue exigée. Les savoir-écrire sont extériorisés dans les générateurs automatiques de texte, qui expriment, à notre place, nos idées. En 2008, l’entrepreneur Chris Anderson allait jusqu’à annoncer la « fin de la théorie » à travers le traitement statistique sur des quantités massives de données. Nous n’avons pas affaire à des intelligences artificielles, mais à des automates computationnels. À travers eux, ce ne sont plus seulement les savoir-faire des artisans, mais les savoir-penser des citoyens, qui sont menacés.
De la bêtise artificielle, p. 20-23, édition 2026.
Nous avions déjà republié son remarquable « Reconnaître la Palestine n’arrêtera pas le génocide à Gaza, les sanctions contre Israël le feront ». Nous le retrouvons aujourd’hui, à travers ce nouvel article, toujours crucial et courageux. Il a été publié dans le numéro d’octobre 2025 du Monde diplomatique, dans une traduction de l’anglais assurée par Benoît Bréville.
L’un des membres de L’Antivol a l’esprit caustique. Sous le nom du « Satirique », un pseudo obligé pour raisons professionnelles, il nous livre ci-dessous sa 30ème série de « brèves », drôles et incisives. L’accès aux précédentes livraisons est, comme d’habitude, en fin d’article.
Le 17 novembre 2025, le site de BASF à Saint-Aubin-lès-Elbeuf était envahi et mis à l’arrêt par plusieurs centaines de membres et sympathisants des organisations précitées. On lira ici le communiqué publié le jour même et on se reportera aussi, en fin d’article, au lien vers le court-métrage « Bloquer BASF » qui retrace de l'intérieur cette mobilisation et en appelle d'autres partout dans le pays. C’est en effet seulement grâce à ce genre d’actions qu’on peut espérer en finir avec « l’industrie criminelle des pesticides » et ses innombrables ravages.