Non à Biosyl et son monde dévasté
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En Creuse comme dans tant d’autres endroits de France ou du monde, le combat antiproductiviste se poursuit inlassablement…- Obtenir le lien
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En Creuse comme dans tant d’autres endroits de France ou du monde, le combat antiproductiviste se poursuit inlassablement…
Journaliste au Postillon, l’auteur nous a transmis son dernier opus dont on lira ici un extrait synthétique, suggestif et… éminemment sympathique !
Vincent Peyret
Journaliste au Postillon, l’auteur nous a transmis son dernier opus dont on lira ici un extrait synthétique, suggestif et… éminemment sympathique !
Je vous la fais courte, parce que ce que l’on nomme souvent « réchauffement climatique » (1) est énormément documenté.
Sur ce sujet, il y a des livres, des films, des émissions de télévision, des podcasts, des vidéos YouTube, des millions de pages de rapports écrits par des milliers de scientifiques très sérieux.
Tellement sérieux que certains d’entre eux ne veulent surtout pas qu’on les accuse d’être des hommes de Cro-Magnon et autres moyenâgeuses. Alors ils défendent l’idée que la société industrielle peut réparer ce qu’elle a dévasté.
Que pour lutter contre le réchauffement, il faut des batteries électriques sophistiquées, des centrales nucléaires, des satellites, des drones, des caméras et toutes sortes d’objets intelligents bourrés de transmetteurs et de capteurs. Des milliards de milliards de capteurs. Qu’il faudrait tout calculer, tracer, quantifier, transformer en données. En milliards de milliards de données. Que la révolution de la « transition » ne pourrait être que télé-super-visée.
J’ai de méchants doutes sur les chances de succès de cette solution. Tous ces équipements high-tech impliquant leur lot de dévastations accélérant le réchauffement, elle revient à tenter de guérir le mal par le mal.
Cette voie risque néanmoins de parvenir à refroidir (encore plus) quelque chose.
Encore plus car ce refroidissement-là est déjà à l’œuvre et s’accélère d’année en année. Sa courbe exponentielle suit celle du réchauffement climatique, sauf qu’on n’en parle pas – et on le combat encore moins. On n’en est même pas vraiment conscients, même si au fond de nous on est de plus en plus nombreux à grelotter en rageant.
Impossible d’avoir un humain au bout du fil. Les serveurs vocaux nous trimballent de robots en intelligence artificielle incapables de comprendre le problème inhabituel qu’on aimerait résoudre. Brrr, fait frisquet là.
Dans cinq cents mètres, tournez à droite. Pour beaucoup, les robots, le réseau, l’électricité sont devenus indispensables dans énormément d’aspects de la vie quotidienne. Pour se réchauffer aussi, on utilise des moyens de plus en plus sophistiqués. Les très simples poêles à bois, pouvant être utilisés en totale autonomie, cèdent la place à des poêles à granulés (que l’usager ne peut pas produire lui-même – contrairement aux bûches) bardés de systèmes électroniques complexes (laissant quantité d’usagers désemparés en cas de problème). La plupart des humains sont maintenant entièrement dépendants de prothèses technologiques, à la merci d’une panne de réseau ou de courant. Rhaa, ça caille.
Les fréquentations amicales et amoureuses sont le terrain de prédateurs extérieurs qui assurent des rencontres algorithmo-compatibles. Les machines sélectionnent les profils conciliables, tout comme les réseaux sociaux créent de bulles virtuelles où l’on navigue entre personnes – ou robots – d’accord. Fréquenter des gens différents est de plus en plus compliqué et la tolérance aux idées divergentes baisse d’autant. Glaglaglaglaglagla.
Interrompus sans cesse par les notification, on parvient de moins en moins à se concentrer longtemps – pour un livre par exemple. Scotchés aux écrans, des adolescents ou adultes ne sortent presque plus de leur chambre, de leur bureau, de leur coin. L’univers virtuel peut-être un refuge douillet qui décourage la confrontation au monde extérieur. Mais TikTok ou Chatgpt peuvent tout aussi bien conseiller le suicide à des personnes déprimées. Mais qu’est-ce qu’il fait froid !
En trois ans, les intelligences artificielles sont devenues indispensables dans la vie intime de beaucoup de personnes. Certaines l’utilisent comme psychologues, d’autres comme assistant pemanent et de nombreux articles racontent l’histoire de personnes « tombées amoureuses » de leur IA, qui a l’énorme avantage d’être toujours d’accord avec elles. Tout le corps qui grelotte…
Si dans une conversation privée au téléphone, on parle de problèmes de pare-brise, on risque bien de recevoir peu après une pub pour Carglass. Les moindres interactions avec des smartphones sont collectées, analysées et transformées en données. Tous les objets intelligents sont autant d’instruments de flicage, de surveillance, de contrôle total. Et ça vous fait pas trembler vous ?
Ah le bon vieux temps où on s’empalait en présentiel ! La guerre se déshumanise toujours plus, le conducteur d’un drone militaire pouvant se trouver à des milliers de kilomètres de la cible visée. Aujourd’hui, des robots peuvent non seulement être programmés pour tuer des gens, mais aussi pour choisir quelles personnes exécuter – ou quel quartier raser. Bordel quel monde glacial !
Il faut un nom pour désigner tous ces bouleversements anthropologiques. Tous ces changements radicaux dans nos manières d’être au monde, avec les autres, dans nos fors intérieurs relèvent tous d’un même phénomène tentaculaire : le refroidissement technologique.
Vincent Peyret, Le refroidissement technologique, Éditions Le monde à l’envers, Grenoble 2026, p. 12-17.
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