À la une de l'Antivol

Publication de L’Antivol-papier n° 22, avril-juin 2026

Nous avons le plaisir de vous annoncer que le nouveau numéro de L’Antivol-papier, correspondant au deuxième trimestre 2026, vient de paraître. Il est toujours gratuit et contient des articles qui, nous l’espérons, vous intéresseront autant que les précédents.

Jujitsuffragettes, les Amazones de Londres

Cette BD, offerte par un ami et lecteur assidu de L’Antivol (blog et version papier !), a toute sa place dans notre médiathèque radicale. Publiée en 2020 aux éditions Delcourt, elle raconte un combat féministe méconnu, oublié, qui aura pourtant contribué à une première adoption du droit de vote des femmes britanniques (de plus de 30 ans) en 1918. On en lira la préface, intitulée « Autodéfense ! », rédigée par la philosophe et militante Elsa Dorlin. Un aperçu de la BD proposé par l’éditeur est en lien en fin de billet.

Par Clément Xavier, Lisa Lugrin, Albertine Ralenti

Cette BD, offerte par un ami et lecteur assidu de L’Antivol (blog et version papier !), a toute sa place dans notre médiathèque radicale. Publiée en 2020 aux éditions Delcourt, elle raconte un combat féministe méconnu, oublié, qui aura pourtant contribué à une première adoption du droit de vote des femmes britanniques (de plus de 30 ans) en 1918. On en lira la préface, intitulée « Autodéfense ! », rédigée par la philosophe et militante Elsa Dorlin. Un aperçu de la BD proposé par l’éditeur est en lien en fin de billet.

C’est une histoire peu connue du féminisme anglais que Lisa Lugrin et Clément Xavier mettent en mots et en images : une histoire du féminisme que nous n’avons pas l’habitude de lire. Plutôt qu’une grande fresque sur les droits des femmes, il est question ici de combats pour la liberté, car les droits des femmes ne leur ont pas été donnés comme on le dit trop souvent. À travers le destin incroyable d’Edith Garru « maître » de jujitsu, suffragiste qui a entraîné des dizaines de militantes, de femmes pour qu’elles se défendent, l’histoire se raconte ici depuis la révolte des corps. Il dessine le combat politique, physique, musculaire même, d’un soulèvement féminin. Et cet épisode est historique parce que les femmes ont compris que ceux à qui elles demandaient justice étaient précisément les mêmes qui maintenaient l’inégalité civile et politique entre les hommes et les femmes et laissaient sciemment impunies les violences qui leur étaient faites. Les femmes se sont donc auto-organisées, autodéterminées, auto-émancipées !

À rebours de l’image très policée des mouvements de femmes, on comprend ici qu’elles ont repris les droits et libertés dont on les avait injustement privées à coup de marteaux, de genoux, de poings, de clés de bras, de croche-pattes et de ruses en tout genre. Tous les atours prêtés à la féminité deviennent des armes : réputés inoffensifs, « bien élevés », empêchés dans leur corset, assignés à la sphère de la domesticité, les corps féminins se transforment en Amazones, en corps féministes qui jouent sur l’effet de surprise. Les discours sont insurrectionnels et insolents, les coups fusent sous les jupes ; les ombrelles, les balais, les épingles à cheveux sont des bâtons et des pics.

C’est là la définition première de l’autodéfense féministe dont Lisa Lugrin et Clément Xavier dessinent la mémoire : une intelligence de la vie qui ne se soumet plus mais aussi un féminisme de l’action directe, du sabotage, du vandalisme. Un féminisme populaire, radicalement anarchiste, face auquel l’État et sa police déploient une répression féroce sans précédent. La persécution des militantes, la prison, le tabassage et la torture témoignent bien que la bourgeoisie patriarcale de l’époque avaient perçu sa puissance révolutionnaire. En retraçant la mobilisation historique des suffragistes anglaises, à travers le jujitsu d’Edith Garru, la philosophie et la pratique de l’autodéfense féministe, les figures des sœurs Pankhurst et des militantes de l’Union Sociale et Politique des Femmes (WSPU), on comprend comment le passé, et la façon dont il est mis en récit, façonne le présent : il rappelle des précédents, il constitue des expériences, des boîtes à outils et une mémoire des rébellions qui animent les luttes actuelles. Par contraste, on réalise aussi comment l’image caricaturale des suffragettes, de ces militantes ridiculisées, qui nous était transmise jusqu’ici, a eu pour fonction désastreuse de dépolitiser notre histoire ; de discipliner nos corps, nos imaginaires et notre rage.

Le coup de crayon de Jujitsuffragettes, les Amazones de Londres est vif, rapide et efficace : comme une contre-attaque qui fait mouche ; en cela il est créatif, jouissif… La joie que procurent ces planches est une joie musculaire qui au fil des pages ravive la rage tapie en nous.

Posts les plus consultés de ce blog

« Quant aux matelas posés à terre, ils doivent être immédiatement proscrits »

On dit souvent qu’on juge de l’état d’un pays à l’état de ses prisons. C’est vrai et cela l’est plus encore, après lecture de l’avis du CGLPL ci-dessous reproduit. Et depuis si longtemps la vie va, comme elle va, sans jamais y remédier. On ne saurait donc être étonné de la perte générale des libertés...

Sinon, même les miettes deviendront toujours plus difficiles à obtenir

Dans cet entretien publié en novembre 2024, l’auteur profite d’une énième attaque contre les fonctionnaires pour faire le point sur les intentions et significations de ce matraquage qui dure depuis presque un demi-siècle et pour souligner aussi combien s’avère indispensable une réponse résolument révolutionnaire, c’est-à-dire à la hauteur des violences et ravages subis par la société dans son ensemble. Tout, bien entendu, est toujours d’« actualité » !

Le consentement israélien au génocide

Nous avions déjà republié son remarquable « Reconnaître la Palestine n’arrêtera pas le génocide à Gaza, les sanctions contre Israël le feront ». Nous le retrouvons aujourd’hui, à travers ce nouvel article, toujours crucial et courageux. Il a été publié dans le numéro d’octobre 2025 du Monde diplomatique, dans une traduction de l’anglais assurée par Benoît Bréville.