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Sur « Les lumières sombres »

Fidèle lecteur et auteur de L’Antivol, Gilles nous offre ici ses notes de lecture du livre d’Arnaud Miranda « Les Lumières sombres. Comprendre la pensée néoréactionnaire », publié en janvier 2026 dans une coédition Gallimard-Le Grand Continent. Une synthèse précieuse et… édifiante !

À propos de « Écolos, mais pas trop… » de J-B Comby (Raisons d’agir, 2024)

Par Ariane Randeau

La sociologie est très mal en point et le livre de Jean-Baptiste Comby en est un symptôme parfait. Aussi vais-je me centrer, dans cette recension, sur les seules critiques qui font état des limites du travail de l’auteur et des travers intellectualo-universitaires où s’est embourbée la sociologie

La sociologie est très mal en point et le livre de Jean-Baptiste Comby en est un symptôme parfait. Aussi vais-je me centrer, dans cette recension, sur les seules critiques qui font état des limites du travail de l’auteur et des travers intellectualo-universitaires où s’est embourbée la sociologie.

Mais rappelons d’abord quel est l’objet de l’ouvrage. J.-B. Comby veut y interroger les « obstacles à l’écologisation du monde social » et y analyser « les classes sociales face à l’enjeu environnemental ». Pour lui, il est en effet indispensable de mettre au centre du débat la lutte des classes et, à partir d’elle, d’envisager une « écologie transformatrice » destinée à changer la société. Intéressant, louable projet donc.

La première chose qui frappe, cependant, c’est le manque de profondeur historique et théorique. Il concerne l’histoire des mouvements écologistes (l’auteur fait débuter leur analyse en 2015 au moment de la COP 21 !) et la théorie des classes sociales qui laisse complètement de côté un penseur aussi anodin que… Marx ! On a ainsi plutôt affaire à ce qui fait mode dans la discipline : un mélange d’approche bourdieusienne et intersectionnelle qui conduit, par exemple, à certains jugements aussi hâtifs que péremptoires : la lutte des classes serait un impensé des écologistes. Une suggestion en forme de retour aux sources : lire (ou relire) André Gorz.

Chemin faisant, l’auteur distingue deux types d’écologies : l’« écologie réformatrice » (en gros le capitalisme vert) et l’« écologie non capitaliste ». Le problème est qu’elles sont très inégalement traitées. D’une part le matériau empirique (des entretiens avec des personnes issues de différentes « classes ») porte bien davantage sur la première que la seconde, d’autre part cette dernière est volontairement minorée au prétexte qu’elle serait inaudible pour la majorité de la population car criminalisée (écoterrorisme, etc.) par le pouvoir. Dès lors, on ne voit que trop où l’on veut nous emmener. Le champ est libre, l’horizon dégagé pour l’arrivée du nouveau (il en faut toujours un !) mégaconcept : l’écologie dite « transformatrice ».

À la fin du livre, J.-B. Comby s’emploie à réfléchir sur comment « sortir de l’impasse écologique ». Et là, eurêka, il trouve ! C’est beau, c’est tout nouveau, l’idée est innovante : il faudrait sortir du capitalisme ! Bon, ne soyons pas trop ambitieux tout de même, la social-démocratie chez les sociologues-universitaires n’étant jamais très loin, il faut se baser sur une « alliance de classe » (toujours en se reposant sur les classes populaires, c’est plus pratique), pour œuvrer à une société qui met au cœur de la reconnaissance sociale les attitudes « pleinement écologiques ». On doit aussi : combattre la bourgeoisie sur le terrain du « pouvoir » (mais attention, il ne faut pas lui faire la morale, il faut la « démoraliser »), démanteler les logiques concurrentielles, bâtir une école écologique, revoir l’« institution » travail, etc. Un joli paquet-programme donc, mais qui ne pipe mot sur la détention des moyens de production, la souveraineté par le travail, bref ce qui fait l’essence de la lutte des classes.

Parmi les absents essentiels, on se doit aussi de citer le problème agricole. Comment traiter de l’écologie, des classes sociales, sans évoquer le monde paysan et rural ? Comment penser une société écologique sans penser la question paysanne, comme s’y attèle depuis des décennies la Conf’ et, plus récemment, Les Soulèvements de la Terre ? De quoi cet « impensé du sociologue » est-il – comment dit-on déjà ? – le nom ?

Enfin, cerise(s) sur le gâteau, on mentionnera les remerciements de J.-B. Comby aux « évaluateurs et évaluatrices » (sic) de ses articles scientifiques antérieurs et on scannera le QR Code vers sa conférence gesticulée complémentaire à l’ouvrage. On vous l’avait dit d’emblée, un parfait symptôme…

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