Il faut savoir raison garder
Et ne plus se laisser aller
À pleurer comme un nouveau-né
Dès qu’on voit un arbre tomber.
En dépit de sa claire écorce,
Le platane est loin d’être blanc
Car c’est lui qui souvent nous force
À faire la sieste au volant.
J’ai vu des fous de l’accro-branche
Y fixer leur hamac douillet.
Le plus souvent leurs nuits sont blanches,
Ça fait du tort aux hôteliers.
Le soir quand le soleil se couche,
Si les arbres sont alignés
En bord de route, au touche-touche,
Voilà ce qui peut arriver :
Avec l’effet stroboscopique
On a vu des gens calencher,
Frappés d’un mal épileptique
Que les arbres avaient déclenché.
Les oiseaux qui souvent s’y posent
Prennent grand plaisir à souiller
De déjections qui indisposent
Les bus et autos stationnés.
J’ai vu des exhibitionnistes
Se dévêtir derrière un tronc
Pour choquer les pauvres cyclistes
Et leur fair’ bouffer du goudron.
Notez enfin que la police,
À l’affût des contraventions,
S’y dissimule avec délice
Pour mieux nous prendre en infraction.
Mais le plus dur, et ça me peine,
C’est le sort des céréaliers,
Bienfaiteurs de l'espèce humaine,
Qui sont, par les arbres, spoliés.
Gênés pour manœuvrer les rampes
- Il en faut bien pour désherber -
J’en ai vu qui choppaient des crampes
En tentant de les contourner.
Je vous demande en conséquence
De soutenir ces gens férus
Qui demandent avec insistance
Que les arbres soient abattus.