Un milliard pour les « sales connes »
On lira ici la réaction d’un collectif qui n’a pas du tout apprécié les grossièretés publiques de la « Première Dame » en décembre dernier. La réponse est claire, ferme, argumentée et on peut s’y associer en fin d’article...
Le problème…
« S’il y a les sales connes, on va les foutre dehors. » C’est ainsi que Brigitte Macron rassure Ary Abittan, alors que le spectacle de l’humoriste est brièvement interrompu par quatre militantes féministes du collectif #NousToutes scandant « Abittan violeur » aux Folies Bergères samedi 7 décembre 2025 à Paris, selon une vidéo publiée le 8 décembre.
Le non-lieu de M. Abittan ne veut pas dire qu’il est innocenté ; l’examen clinique de la victime était compatible avec un viol, mais dans cette affaire (comme dans bien d'autres semblables), les magistrats ont jugé qu’il n’y avait pas assez d’éléments à charge pour mettre en examen l’humoriste.
Traiter les militantes – dont certaines sont potentiellement victimes – venues pacifiquement témoigner leur mécontentement de « sales connes » est l’injure de trop que nous ne laisserons pas passer.
Car la Première Dame ne peut ignorer que les violences faites aux femmes et aux enfants sont systémiques dans notre pays. Les chiffres sont vertigineux : 600 000 femmes sont victimes de violences par an (INED) et un ou une enfant est agressé⸱e sexuellement toutes les trois minutes (CIIVISE) ; dans 96 % des cas, l'agresseur est un homme (Mémoire traumatique et Victimologie/Unicef).
La Première Dame ne peut ignorer que l’écrasante majorité des violences sexistes et sexuelles n’obtiennent pas réparation devant la justice : non pas parce qu’elles n’ont pas existé, mais bien parce que la justice n’a pas les moyens d’établir la culpabilité des agresseurs présumés (classements sans suite ou non-lieux par manque de preuves, de personnel et de budget pour investiguer chaque plainte). Résultat : seul 1% des viols aboutissent à une condamnation de l’agresseur.
La Première Dame ne peut ignorer que le Haut Conseil à l’Égalité accuse la justice française de « manquer à ses devoirs les plus élémentaires : garantir la protection des victimes et la condamnation des agresseurs ».
La Première Dame ne peut ignorer que parler est difficile et infiniment plus vulnérabilisant pour les victimes que pour les agresseurs – dont les carrières brisées sont un mythe chaque jour démontré.
Pourtant, la Première Dame choisit de réconforter un agresseur plutôt que des victimes. Ce alors que les associations de soutien aux femmes et aux enfants n’ont jamais été aussi précaires en France. Au point qu’un refuge aussi historique et essentiel que le Planning familial risque de fermer ses centres de santé sexuelle faute de soutien de l’État.
À l’heure de l’inversion totale des valeurs, quand des victimes et des militant⸱es sont moqué⸱es, insulté.es, voire criminalisé⸱es sur tous les fronts des combats humanistes (luttes contre les violences, la précarité, le réchauffement climatique…), quand des criminels condamnés sont victimisés, nous exigeons que l’État réagisse à cette humiliation de trop et engage immédiatement un milliard d'euros (ce chiffre était déjà celui préconisé par le Haut Conseil à l’Égalité en 2020) pour lutter enfin efficacement contre les violences sexistes et sexuelles faites aux femmes et aux enfants, afin de :
- soutenir davantage les associations de prévention des violences faites aux enfants et aux femmes,
- permettre aux services publics de remplir leur rôle auprès des publics qui connaissent à la fois la précarité économique et la violence,
- mettre en face de chaque enfant ou femme victime un policier et un magistrat formés à l’accueil de la parole des victimes,
- définir un socle obligatoire d’actes d’enquêtes afin de limiter les classements sans suite (enquête de voisinage, saisie et analyse du téléphone de l’agresseur présumé…),
- renforcer avec l'Éducation nationale la lutte contre les préjugés sexistes et masculinistes, notamment en appliquant la loi sur l’obligation de l’EVARS,
- réguler les contenus violents et lutter contre le harcèlement en ligne.
Ce milliard d’euros engagé en économisera dix fois plus au moins, car il préviendra les violences, leur récidive et leurs conséquences. Il sera conforme aux attentes des citoyens et aux engagements internationaux de la France. La lutte active et les moyens engagés par l’Espagne voisine en la matière (un milliard investi sur cinq ans en 2017, soit environ trois fois le budget alloué par la France à la lutte contre les violences faites aux femmes) montre que l’engagement de l’État paye (-35 % de féminicides depuis le vote de la loi contre les « violences machistes » en 2004).
Il y a urgence.
Un petit groupe de sales connes,
pour toutes les sales connes et les sales gosses
Pour signer la pétition
https://www.change.org/p/1-milliard-pour-les-sales-connes
On lira ici la réaction d’un collectif qui n’a pas du tout apprécié les grossièretés publiques de la « Première Dame » en décembre dernier. La réponse est claire, ferme, argumentée et on peut s’y associer en fin d’article
On dit souvent qu’on juge de l’état d’un pays à l’état de ses prisons. C’est vrai et cela l’est plus encore, après lecture de l’avis du CGLPL ci-dessous reproduit. Et depuis si longtemps la vie va, comme elle va, sans jamais y remédier. On ne saurait donc être étonné de la perte générale des libertés...
Nous avions déjà republié son remarquable « Reconnaître la Palestine n’arrêtera pas le génocide à Gaza, les sanctions contre Israël le feront ». Nous le retrouvons aujourd’hui, à travers ce nouvel article, toujours crucial et courageux. Il a été publié dans le numéro d’octobre 2025 du Monde diplomatique, dans une traduction de l’anglais assurée par Benoît Bréville.
Dans cet entretien publié en novembre 2024, l’auteur profite d’une énième attaque contre les fonctionnaires pour faire le point sur les intentions et significations de ce matraquage qui dure depuis presque un demi-siècle et pour souligner aussi combien s’avère indispensable une réponse résolument révolutionnaire, c’est-à-dire à la hauteur des violences et ravages subis par la société dans son ensemble. Tout, bien entendu, est toujours d’« actualité » !