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Les Brèves du Satirique, mars 2026

L’un des membres de L’Antivol a l’esprit caustique. Sous le nom du « Satirique », un pseudo obligé pour raisons professionnelles, il nous livre ci-dessous sa 32ème série de « brèves », drôles et incisives. L’accès aux précédentes livraisons est, comme d’habitude, en fin d’article.

L’Économie politique

Eugène Pottier

Au poète et communard Eugène Pottier (1816-1887), on doit les paroles de « L’Internationale ». Mais il a nous légué bien d’autres chants révolutionnaires tels que « L’Économie politique », aussi connu sous le titre « Laissez faire, laissez passer ! ». Ironiquement dédié « Aux professeurs du Collège de France » et portant au bas la mention  « Retour d’exil. 1881. », le texte n’a rien perdu ni de sa fougue ni de son intelligence. Près d’un siècle et demi après, on y est toujours ! Un grand merci aux amis de longue date et lecteurs fidèles de l’Antivol qui nous l’ont recommandé.

De tous les droits que l’homme exerce,
Le plus légitime, au total,
C’est la liberté du Commerce,
La liberté du Capital.
La loi ? c’est l’offre et la demande,
Seule morale à professer !
Pourvu qu’on achète et qu’on vende,
Laissez faire, laissez passer !

Et que rien ne vous épouvante !
Y glissât-il quelque poison,
Si le marchand double sa vente,
Le succès lui donne raison.
Que ce soit morphine ou moutarde,
Truc chimique à manigancer…
C’est l’acheteur que ça regarde,
Laissez faire, laissez passer !

Les travailleurs ont des colères
Dont un savant n’est pas touché.
Il faut bien couper les salaires
Pour travailler à bon marché.
Par un rabais de deux sous l’heure,
Des millions vont s’encaisser.
Et puis !… croyez-vous qu’on en meure ?
Laissez faire, laissez passer !

Le marché pour l’article en vogue
Offre un rapide écoulement.
N’écoutons pas le démagogue
Qui nous prédit l’engorgement.
Il faut, malgré ces balourdises,
En fabriquant à tout casser,
L’inonder de nos marchandises,
Laissez faire ! laissez passer !

Pour le bien-être des familles
Doublons les heures de travail.
Venez, enfants, femmes et filles,
La fabrique est un grand bercail.
Négligez marmots et ménage,
Ça presse ! et pour vous délasser
Vous aurez des mois de chômage.
Laissez faire ! Laissez passer !

Par essaims le Chinois fourmille.
Ils ont des moyens bien compris
De s’épargner une famille
Et travailler à moitié prix.
Avis aux ouvriers de France ;
Dans leur sens il faut s’exercer,
Pour enfoncer… la concurrence…
Laissez faire ! laissez passer !

Sous le Siège, dans la famine,
J’ai défendu la « liberté »
Voulant, fidèle à la Doctrine,
Rationner par la cherté.
Chaque jour et sans projectiles,
Par vingt mille on eût vu baisser
Le stock des bouches inutiles.
Laissez faire ! Laissez passer !

Qu’on accapare la denrée,
Qu’on brûle docks et magasins,
Que pour régler les droits d’entrée,
On se bombarde entre voisins,
Quitte à gémir sur les victimes,
Qu’on voit écraser, détrousser !
L’économie a pour maximes :
Laissez faire ! Laissez passer !

Pour l’écouter :
https://www.youtube.com/watch?v=wY5fDpeUYuA
Et le lire :
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k12698990.texteImage

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