À la une de l'Antivol

Les Brèves du Satirique, mars 2026

L’un des membres de L’Antivol a l’esprit caustique. Sous le nom du « Satirique », un pseudo obligé pour raisons professionnelles, il nous livre ci-dessous sa 32ème série de « brèves », drôles et incisives. L’accès aux précédentes livraisons est, comme d’habitude, en fin d’article.

Que vive « Bassines non merci ! » et que périssent tous les grands projets inutiles et imposés…

Par BNM

Parmi les très nombreux collectifs qui s’opposent aux Grands projets inutiles et imposés (GPII), le combat livré par BNM ou « Bassines non merci ! » est, à tous égards, exemplaire. On y retrouve en effet, depuis 2017, une détermination sans faille contre la confiscation de l’eau par une minorité d’agriculteurs productivistes, un esprit de convergence des luttes qui leur vaut le soutien d’une myriade d’organisations politiques, syndicales ou associatives, un tempérament zadiste combiné à une remise en cause générale des institutions, des propositions alternatives on ne peut plus fondées, des formes d’action qui savent allier inventivité, humour et efficacité, etc. Autrement dit, si vous ne les connaissez pas encore, lisez l’un de leurs documents-synthèse reproduit ci-dessous, allez visiter leur site, leur page facebook, et surtout rejoignez-les ! Ils seront le dimanche 11 octobre à Épannes (79) pour une mobilisation de grande ampleur.

C’est quoi une bassine (ou réserve de substitution) ?

  • une réserve d’eau géante (10 hectares en moyenne, entourés de digues de 10m de haut),
  • remplie en hiver en pompant principalement dans les nappes souterraines,
  • pour irriguer des cultures intensives en été (2/3 de maïs, semences, légumes industriels…),
  • financées avec 70 % de financement public (Agence de l’Eau, Région, État, Europe).

Les bassines et les dérives du modèle agricole productiviste

Partage inéquitable de l’eau :
  • Monopolisation de l’eau par une minorité d’agriculteurs industriels et refus de l’accès à l’eau pour les petits paysans bio,
  • Risques sur l’approvisionnement en eau potable et sur le bon fonctionnement des milieux naturels (ruisseaux, rivières, estuaire …).
Substitution douteuse et manipulation par les lobbies agro-industriels :
  • Non garantie de la baisse des volumes prélevés (année de référence biaisée),
  • Absence de démocratie et transparence dans les processus de validation des projets.
Y'a plus d'eau dans la  rivière
Incohérence économique et climatique :
  • Gaspillage de l’eau (évaporation depuis les bassines et pendant l’irrigation), des terres et de l’argent public (il vient de vos factures d’eau, pas de la poche des irrigants),
  • Financement public pour des bénéfices privés et non respect du principe pollueur-payeur,
  • Aucune garantie de les remplir en hiver en raison du changement climatique.

Le projet des 16 bassines de la Sèvre Niortaise et du Marais poitevin (17,79,86)

Les chiffres-clés :
  • Coût supérieur à 40 millions d’€ HT (70 % d’argent public-200 ha de terres agricoles en partie en zone Natura 2000,
  • 128 forages actifs (97 % nappes souterraines), 98 forages supprimés,
  • 10 % des agriculteurs du territoire raccordés,
  • 5,9 Mm³pompés en été par les 60 % d’irriguants non raccordés,
  • 2 Mm³ de stockage dans des bassines existantes.
bassines du  projet Sèvre Niortaise

Ce projet des 16 bassines de la Sèvre niortaise et du Marais poitevin, c'est :

  • le pillage de l'eau des nappes phréatiques, bien commun de la nation (article 1, loi 1992),
  • le Marais poitevin menacé d’être mis au régime sec même en hiver,
  • 200 hectares de terres agricoles littéralement  « plastifiés »,
  • plusieurs expériences désastreuses pour la biodiversité en Charente-Maritime, Vendée, Espagne...
  • avec 28 millions d'€ d'argent public,
  • au service d'une agriculture productiviste et exportatrice, destructrice des sols et de la biodiversité,
  • au profit de 10% des agriculteurs du territoire,
  • un projet entaché de très nombreux dénis de démocratie :
    • signé par le président du Conseil départemental sans aucun vote de cette assemblée,
    • signé par la Commission Locale de l’Eau sans aucun vote de cette assemblée,
    • signé par le président du Parc du Marais poitevin alors que son bureau avait voté contre,
    • participation du président du Groupe Ornithologique des Deux-Sèvres au Conseil scientifique et Technique (CST) alors que son Conseil d’Administration avait voté contre,
    • présidence du CST par la Chambre d’Agriculture : ça donne une idée ! Nous demandons au contraire que celle-ci soit assurée par un scientifique indépendant.
  • un projet attaqué en justice par deux recours au tribunal administratif,
  • un projet rejeté massivement par la population et par de très nombreuses organisations politiques, syndicales et associatives (1),
  • des travaux sur le point de commencer malgré plusieurs sondages de l’opinion clairement hostile (75 % au moins) au projet.
bassines du  projet Sèvre Niortaise

Nous proposons la réorientation des fonds publics en direction d’un véritable projet de territoire suivant ces axes :

  • le soutien à la production de légumes, de céréales et d’animaux de qualité destinée à des circuits courts,
  • produits selon un cahier des charges précis : priorité au mode de production biologique, puis à l’agriculture de conservation des sols et autres techniques culturales simplifiées,
  • en privilégiant des semences adaptées au changement climatique,
  • remaillage des parcelles par des haies,
  • renaturation des cours d’eau.
bassines du  projet Sèvre Niortaise

(1) À fin juin 2019 : AAPPMA Pêches Sportives de St-Maixent, Alternatiba La Rochelle, ANV-COP21 La Rochelle, APIEEE, CGT 79, CGT Spectacle Poitou-Charentes, Colibris 79, Collectif Anti-Linky, Collectif des Usagers de l'Hôpital de Niort, Collectif A Teurtous, Collectif Marche pour le Climat Niort, Comité Notre-Dame-des-Landes La-Roche-sur-Yon 85, Confédération paysanne 17, Confédération Paysanne 79, Europe Ecologie-Les Verts, Extinction Rébellion La Rochelle, Gilets Jaunes 79, La France Insoumise, Le Priouté, Nature Environnement 17, PCF, SCOP La Frênaie, SOS Rivières, Syndicat Sud Solidaires, Terres & Rivières 85...

Lire dans la même veine : La carte des luttes contre les grands projets inutiles

Posts les plus consultés de ce blog

« Quant aux matelas posés à terre, ils doivent être immédiatement proscrits »

On dit souvent qu’on juge de l’état d’un pays à l’état de ses prisons. C’est vrai et cela l’est plus encore, après lecture de l’avis du CGLPL ci-dessous reproduit. Et depuis si longtemps la vie va, comme elle va, sans jamais y remédier. On ne saurait donc être étonné de la perte générale des libertés...

Sinon, même les miettes deviendront toujours plus difficiles à obtenir

Dans cet entretien publié en novembre 2024, l’auteur profite d’une énième attaque contre les fonctionnaires pour faire le point sur les intentions et significations de ce matraquage qui dure depuis presque un demi-siècle et pour souligner aussi combien s’avère indispensable une réponse résolument révolutionnaire, c’est-à-dire à la hauteur des violences et ravages subis par la société dans son ensemble. Tout, bien entendu, est toujours d’« actualité » !

Le consentement israélien au génocide

Nous avions déjà republié son remarquable « Reconnaître la Palestine n’arrêtera pas le génocide à Gaza, les sanctions contre Israël le feront ». Nous le retrouvons aujourd’hui, à travers ce nouvel article, toujours crucial et courageux. Il a été publié dans le numéro d’octobre 2025 du Monde diplomatique, dans une traduction de l’anglais assurée par Benoît Bréville.