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Sur « Les lumières sombres »

Fidèle lecteur et auteur de L’Antivol, Gilles nous offre ici ses notes de lecture du livre d’Arnaud Miranda « Les Lumières sombres. Comprendre la pensée néoréactionnaire », publié en janvier 2026 dans une coédition Gallimard-Le Grand Continent. Une synthèse précieuse et… édifiante !

À propos de « Quelques lignes d’utopie » de Ludovic Frobert

Par Ariane Randeau

« Pierre Leroux et la communauté des "imprimeux" (Boussac, 1844-1848) », sous-titre de l’ouvrage, nous conduit dans la Creuse à la rencontre de Pierre Leroux, penseur du socialisme, qui créa à Boussac une communauté porteuse d’un idéal : « le communionisme ».

« Pierre Leroux et la communauté des "imprimeux" (Boussac, 1844-1848) », sous-titre de l’ouvrage, nous conduit dans la Creuse à la rencontre de Pierre Leroux, penseur du socialisme, qui créa à Boussac une communauté porteuse d’un idéal : « le communionisme ».

Typographe de métier, P. Leroux est convaincu que l’art de l’imprimerie est vecteur d’émancipation. Dès 1833, son frère Jules lance un appel aux ouvriers, compositeurs et imprimeurs à se regrouper en « associations typographiques ». En 1843, naissent les Presses de Boussac qui fonctionnent comme une imprimerie doctrinale et militante. Apparaît un périodique, L’Éclaireur, qui veut diffuser les idées démocrates, socialistes dans les départements de l’Indre, du Cher et de la Creuse, et décentraliser le pouvoir politique parisien. Les lieux-dits de L’Hôpital, puis de la Creusette et des Bruyères, serviront de lieux de déploiement du communionisme, réunissant jusqu’à 80 personnes venues de toute la France. Amie de Pierre Leroux, George Sand écrit en 1845 à propos de la communauté : « Voilà comment les utopies se réalisent. C’est toujours autrement et mieux. »

L’œuvre de P. Leroux, dont son ouvrage L’Humanité constitue l’ossature intellectuelle, s’appuie sur la triade des facultés humaines : la sensation, la connaissance et le sentiment. Celle-ci doit permettre une organisation sociale basée sur l’égalité, la créativité, l’association et la solidarité. Pour y parvenir, les membres de la communauté de Boussac vont publier mais aussi concrétiser les idées de Leroux : quête de l’autosuffisance, notamment agricole et alimentaire, portée par son frère Jules ; programme d’éducation socialiste des enfants, avec le travail de Pauline Roland ; publications régulières des idées par les Presses de Boussac grâce à l’arrivée de nouveaux typographes. Pour tous, le territoire de « la science » qu’est l’organisation communioniste, conçue comme réponse pacifique à l’exploitation du prolétariat, est la commune. Il s’agit de créer « l’égalité de chacun », « l’égalité entre nous » et « l’égalité parmi nous ». 

Bien sûr, tout n’est pas rose dans la communauté des « imprimeux ». Les problèmes récurrents d’argent, le « fichage » par le ministère de l’Intérieur, puis la « guerre aux socialistes » après la Révolution de 1848, conduiront certains à l’exil et auront finalement raison de l’existence de la communauté de Boussac.

Cette « expérience d’économie égalitaire de suffisance » ne doit pas être perçue comme un énième échec communautaire, ainsi que tente de nous le faire croire l’idéologie dominante. Au contraire, elle fait montre d’une effervescence intellectuelle et collective qui rayonna bien au-delà de la Creuse et qui continue aujourd’hui encore de marquer ces terres limousines, traditionnellement de gauche.

Ainsi c’est un livre à multiples tiroirs – aussi bien sur le plan des idées que sur le quotidien de la communauté – que nous propose Ludovic Frobert. On peut toutefois s’interroger sur le sens que revêtent certains remerciements formulés en fin d’ouvrage. Celui-ci a pu « compter sur le soutien financier du LABEX COMOD (ANR-11-LABX-0041) de l’université de Lyon, crée dans le cadre du Plan France 2030 mis en place par l’État et géré par l’Agence nationale de la recherche », peut-on lire page 221. On se trouve là au cœur de la bureaucratie et du néolibéralisme universitaires, soit aux antipodes du paradigme lerouxien…

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