À la une de l'Antivol

Libertà, photos corses

Par Lou Hubert et La Rédaction

Dans la Médiathèque radicale de L’Antivol, il manquait un médium pourtant fort usité et populaire : la photographie. L’oubli est désormais réparé, grâce à cette mini-série corse, en noir et blanc ou couleurs, de Lou Hubert. Prises en mai-juin 2022 d’un bout à l’autre de l’île de Beauté, en pleine chaussée ou à un croisement de routes, sur un mur de village, de ville ou de couvent abandonné, ces photographies illustrent une constance de plus de deux siècles et demi, du fondateur de la République corse Pasquale Paoli aux figures contemporaines – vivantes ou défuntes – de l’autonomie et de l’indépendance. Et pour compléter ces vues de l’aspiration à la « libertà », aussi bien que se libérer des clichés qui encombrent et obscurcissent tant d’esprits îliens ou continentaux, on lira L’autre Enquête corse (L’aube, 2019) de Jean-François Bernardini, le chanteur et auteur-compositeur du groupe I Muvrini. Le fil interprétatif suivi dans cet essai, bien résumé dans son sous-titre « Le trauma Corsica-France », s’avère on ne peut plus salutaire…

À propos de « La fin de l’amour. Enquête sur un désarroi contemporain » d’Eva Illouz

Par Ariane Randeau

La « destruction des liens sociaux » et l’installation d’une incertitude généralisée sont au cœur de nos sociétés contemporaines. C’est le point de départ du travail de la sociologue Eva Illouz dans son remarquable ouvrage La fin de l’amour (Seuil, 2020). S’intéressant depuis plus de vingt ans à une sociologie des émotions et des relations amoureuses et sexuelles, elle analyse dans ce dernier opus les caractéristiques de ce qu’elle nomme le « non-amour ». Phénomène social non majoritaire mais en plein essor du fait de la montée historique de revendications autour de l’autonomie affective, il se définit par le refus de tout engagement des personnes au nom de la liberté. Ce qu’examine donc la sociologue, ce sont les mécanismes psychologiques, sociaux, économiques et politiques qui font que des personnes arrêtent une relation, passent d’une relation à une autre ou refusent, consciemment ou non, d’en entamer une (sexe sans lendemain, sexe occasionnel, etc.).

S’appuyant sur les travaux du philosophe Michel Foucault, pour qui la recherche de liberté et son institutionnalisation accompagnent la redéfinition du marché, et en particulier du marché capitaliste, Eva Illouz postule que la liberté sexuelle est devenue la philosophie néolibérale de la sphère privée. « Le capitalisme a détourné la liberté sexuelle pour se l’approprier » et il est impliqué « dans l’instabilité et la volatilité des relations sexuelles et amoureuses ». Le non choix, le non engagement font donc écho à l’ethos du capitalisme, de même que les valeurs de changement, de mobilité, de flexibilité, etc. Ils conduisent les individus à calculer et évaluer en permanence les risques, à travers des questions du type « qu’est-ce que ça va me coûter si je m’engage ? ». Cette démarche constante d’évaluation de soi et des autres génère un marché sexuel (sites de rencontres, réseaux sociaux, divorce, survalorisation du corps, thérapies psychologiques, etc.) dans lequel la domination masculine se reproduit, le corps devient marchandise, la sexualité une compétence à acquérir. Dès lors, « l’auto-entrepreneur de la vie romantique » représente une figure ultra valorisée. La relation sexuelle constitue pour lui un « fonds de réserve » et l’autonomie une valeur suprême.

Bien sûr, cette conception du monde n’est pas sans conséquence sur les personnes et les relations qu’elles entretiennent (ou pas). Comme le souligne Eva Illouz, « la sexualité libre encadrée par la culture de consommation et la technologie a des répercussions sur la structure des relations et crée des formes d’incertitude qui imprègnent les relations négatives. » Les individus se retrouvent confrontés à une absence de clarté affective (quels sentiments dois-je ressentir ? est-ce que je dois faire part à l’autre de mes sentiments ? si je le fais, est-ce que cela ne nuira pas à la relation ? etc.) qui menace en permanence l’estime de soi, fait des sentiments une source d’anxiété, induit une relation confuse et en manque de confiance. La recherche de reconnaissance de l’autre et en l’autre, ontologiquement inhérente à toute relation, se retrouve fortement mise à mal. Le moi, l’autre, la relation deviennent incertains au profit de l’hypersubjectivité et de l’interchangeabilité des individus.

Au final, à travers un remodelage total de la « liberté », le capitalisme a investi le marché de l’intime tout en redéfinissant le sens de nos relations. L’analyse féconde, riche et complexe d’Eva Illouz nous montre très clairement que ce qui se joue dans la marchandisation de la liberté et dans le couronnement d’un individu concurrentiel est la poursuite de formes de soumissions sans cesse renouvelées…

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Nous avions déjà republié son remarquable « Reconnaître la Palestine n’arrêtera pas le génocide à Gaza, les sanctions contre Israël le feront ». Nous le retrouvons aujourd’hui, à travers ce nouvel article, toujours crucial et courageux. Il a été publié dans le numéro d’octobre 2025 du Monde diplomatique, dans une traduction de l’anglais assurée par Benoît Bréville.

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L’un des membres de L’Antivol a l’esprit caustique. Sous le nom du « Satirique », un pseudo obligé pour raisons professionnelles, il nous livre ci-dessous sa 30ème série de « brèves », drôles et incisives. L’accès aux précédentes livraisons est, comme d’habitude, en fin d’article.

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